Un nouveau monde plus résilient

La pandémie de Covid-19 a rebattu les cartes dans de nombreux secteurs et modifié durablement nos organisations. L’après-crise se décide maintenant, et les entrepreneurs doivent préparer le rebond. Où en sommes-nous ? Quels sont nos forces et nos faiblesses économiques ? Quelle stratégie mettre en place ?

Lors de son webinaire du 16 juin, Invest in Bordeaux a questionné 3 chefs d’entreprise ainsi que le directeur de la Banque de France Nouvelle-Aquitaine – Morceaux choisis.

S’il est une chose à retenir de cette crise sanitaire, c’est finalement une certaine fragilité de notre économie. Pourquoi la France, 6e puissance économique mondiale, a-t-elle chancelé, après seulement 6-8 semaines d’arrêt d’activité ? Pour Patrick Seguin, président de la CCI Bordeaux-Gironde, la réponse semble multiple. « Le territoire girondin est composé de 84.000 entreprises, dont 94 % de PME, précise-t-il. En les accompagnant dans leur demande d’aides, j’ai pu observer des situations effarantes, comme cette PME de plus de 100 salariés, au capital social de 10.000 euros. Ou encore ce sous-traitant aéronautique qui n’avait qu’un seul client… » Un seul grain de sable dans les rouages, et c’est toute la mécanique qui s’enraye, faute d’une bonne gestion.

 

‣ Manque de fonds propres

A cette carence en management, s’ajoutent le manque de fonds de propre, associé à un seuil de rentabilité bas. En France, 2 % de marge nette apporte un certain satisfecit, alors que les pays d’Europe du Nord tablent sur 10 %. « Au-delà des charges qui empiètent sur la rentabilité, il y a toute une culture à revoir, estime Patrick Seguin. Il ne faut pas avoir honte de gagner de l’argent. » Ni avoir honte d’en demander. Alors que le gouvernement a ouvert les vannes financières avec, notamment, son Prêt Garanti par l’Etat (PGE), seules 57 % des entreprises en ont fait la demande. Selon Denis Lauretou, directeur Banque de France Nouvelle-Aquitaine, ‘La crise est loin d’être achevée. Certes, on observe un regain d’activité en mai, cependant cette embellie ne doit pas masquer la forte contraction du PIB (- 10,3 % en 2020), associée à une augmentation du chômage (10,1% de la population active en 2020 et 11,7 en 2021) dans le scénario central des projections macroéconomiques de la Banque de France. » Raison de plus pour les entreprises de faire le dos rond et de conforter leur trésorerie mais aussi leur structure financière, afin de préparer le rebond en 2021 ; il leur faut à la fois faire face à des risques de liquidité et de solvabilité.

 

Le digital raccourcit les cycles

Face à cette crise inédite, certains secteurs ont toutefois su tirer leur épingle du jeu. A commencer par le digital, grand gagnant du confinement. « Le digital permet de raccourcir les cycles de décision, de prises de contact et de négociations, souligne Dominique Broustau, directeur général de TeamResa. Et c’est encore plus vrai à l’international puisqu’il abolit les frontières géographiques. » Confronté à l’annulation de plus de 50 événements, TeamRésa a su rebondir et gagner en agilité grâce au digital. Spécialisé dans l’événementiel, la société a décidé d’accélérer sa transformation, en proposant de nouveaux formats de business meetings, en visiophonie et one-to-one.

Le digital, nouveau graal économique ? Oui, mais non sans garde-fous, prévient Mathieu Llorens, président AT Internet. Certes, les PME doivent raccrocher les wagons, mais attention à ne pas ouvrir la boîte de Pandore. « Nous sommes aujourd’hui à la croisée des chemins. Les GAFAM et autres BATX ont vu leurs positions se renforcer pendant la crise sanitaire. Nous devons rester attentifs aux abus de positions dominantes et à cette cartelisation du marché. Il y a des choix politiques à faire, et l’OCDE doit pleinement jouer son rôle pour contrôler les optimisations fiscales. »  

 

En quête de sens

Si la crise économique nous questionne sur nos organisations, elle en appelle aussi à une certaine résilience. Accélérateur de changement, elle a permis de mettre en lumière de nombreuses initiatives, issues notamment de l’Economie Sociale et Solidaire (ESS).

Elise Depecker, directrice Atis – Association Territoires et Innovation Sociale, estime que les sociétés à impact sont porteuses d’avenir

 « Depuis la pandémie, 3 grands domaines tendent à émerger : le champs des transitions (alimentaire, écologique, circulaire…) l’inclusion par l’emploi et la relocalisation productive, qui permet de produire plus vite, plus local et plus stratégique ». Un exemple ? L’usine SEB qui se tourne désormais vers la fabrication de vélos électriques pour répondre aux nouvelles mobilités douces.
Plus frugal et résilient, le Nouveau Monde serait aussi en quête de sens. Pour preuve, depuis la loi Pacte, les grands groupes du CAC40 aiguisent leur raison d’être et cherchent à donner du sens à leurs actions. « Le XXIe siècle sera spirituel ou ne le sera pas, » disait Malraux. Il semble en tout cas converger vers un engagement sociétal plus fort…

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