Inouïe. Brutale. Imprévisible. Comme un coup de tonnerre dans un ciel d’été, la crise que nous traversons vient ébranler toutes nos certitudes et balayer d’un trait nos vieux schémas. Pour l’économiste Philippe Dessertine cette crise majeure annonce une transformation profonde de notre société.

Dans un webinaire organisé par Invest In Bordeaux, le conférencier revient sur l’uppercut économique qui a frappé la France et livre son analyse sur le monde d’après.

Dans quelques décennies, l’Histoire se souviendra de l’année 2020 comme celle du « Grand Confinement », durant lequel toute l’économie mondiale a été placée sous cloche. Du jamais vu. En France, ce « shutdown » a stoppé net toute l’activité, engendrant une paralysie sans précédent. « Jamais par le passé, nous avons fermé l’économie de cette façon, commente l’économiste Philippe Dessertine, C’est une situation tout à fait inédite, et nous n’avons aucune expérience, à laquelle se référer. »

Du déconfinement à la reprise

Face à l’urgence, plusieurs dispositifs ont été mis en place pour soutenir les PME et éviter l’effondrement complet de l’économie. « Avec cette crise inédite, on apprend en marchant. Nous sommes obligés d’ajuster sans cesse nos actions et nos dispositifs car nous n’avons aucune référence, aucun exemple auquel se raccrocher. » Si l’intervention artificielle et massive de l’Etat a permis de sauver des entreprises et des emplois (avec notamment la prise en charge à 100% du chômage partiel), il semble inconcevable de laisser l’économie sous perfusion permanente. Passée l’urgence, il convient de recréer une dynamique de croissance et de valeurs.

 « Aujourd’hui, nous entrons dans la phase 2, celle du redémarrage progressif et poussif, car il est toujours difficile de remettre en route une chaîne de production mise à l’arrêt. »
C’est à l’automne que débutera la phase 3. Celle des vents contraires de la croissance, avec des risques de licenciements. Les petites structures seront les plus exposées, et il est impérieux de s’y préparer dès à présent. Au risque sinon, d’aller droit dans le mur.

Le conseil de Philippe Dessertine : Les PME doivent anticiper cette crise de liquidités, car les dispositifs d’aides deviendront moins accessibles, et les prêts ne seront plus accordés. Il convient d’en profiter – tant qu’il en est encore temps afin de consolider sa trésorerie. » Par ailleurs, gardons à l’esprit qu’aux Etats-Unis, certains emprunts ont été requalifiés en subventions, et ne sont donc pas remboursables par les entreprises. La question n’a pas encore été débattue en France, mais la décision devrait être abordée cet automne… 

2021 : année de la croissance retrouvée

Depuis le début de la pandémie, l’économie mondiale a connu une contraction spectaculaire, d’environ – 5%. Si l’impact de cette crise rend les prévisions incertaines, l’économiste annonce, dès janvier 2021, une reprise de croissance mondiale toute aussi puissante d’environ + 4,5 %. D’où l’intérêt pour les PME de faire le dos rond en automne – de rester en vie – en vue de profiter de l’embellie à venir.
Sa vision du monde : Si l’on s’en tient à une projection purement économique, le redémarrage proviendra du continent asiatique. L’Europe doit donc raccrocher son wagon à cette locomotive, qui prend le nouveau leadership mondial. « A chaque siècle, son leader : l’Angleterre au 19e, les Etats-Unis au 20eDepuis le second mandat d’Obama, nous observons une montée en puissance du continent asiatique. Soit 4,5 milliards de personnes, une production accélérée et une croissance au rendez-vous. Nous devons y être attentifs, et accepter cette migration inéluctable vers une pensée et une logique plus confucéenne du monde. » Pour Philippe Dessertine, cette hégémonie asiatique laissera sa place – au siècle prochain – au continent africain, avec tous les problèmes structurel, politique et économique que cela suppose.

Relocalisation ou création de nouvelles richesses ?

Sans conteste, la pandémie a pointé des faiblesses stratégiques en termes de production de masques ou de tests. Mais doit-on pour autant relocaliser toutes les productions, ou au contraire se concentrer sur de nouvelles dynamiques ?  

Sa philosophie économique : « La préférence économique est une utopie, un leurre qui peut engendrer une explosion négative du pouvoir d’achat, avec une augmentation significative des prix sur certains biens et services. »

Pour construire le monde de demain, il faut arrêter de regarder dans le rétroviseur en appliquant de vieilles recettes. « Au contraire, nous devons nous focaliser sur les principaux vecteurs de richesse du 21e siècle que sont le Cloud, les algorithmes, l’intelligence artificielle… Et qu’observons-nous ? Nous ne sommes pas présents, aux côtés des Amazon, SpaceX, Tesla… » A ce titre, l’expérience Covid révèle nos forces et nos faiblesses, et montre que l’on ne peut plus agir sur une rentabilité monétaire à l’ancienne.  « La révolution technologique s’accélère, et nous devons changer de logiciel économique, créer de nouvelles richesses, en se focalisant sur des indicateurs d’impact, et non plus sur la seule rentabilité monétaire. »

Vers de nouveaux modes de vie

La crise sanitaire a radicalement transformé notre façon d’envisager le travail. La mise en place du télétravail amorce une mutation en profondeur de la société, de l’entreprise et des individus. Le confinement a montré les limites de notre système, encore régi par d’anciennes règles du monde industriel, alors que nous sommes aujourd’hui dans une société de services.

Son point de vue. « Le télétravail génère une révolution vertueuse, avec une forte diminution de la pollution environnementale. A salaire égal, il permet également d’augmenter son pouvoir d’achat, par une réduction de certains postes, comme celui des transports ou de la garde d’enfants.

Indubitablement, la révolution technologique actuelle va impacter durablement les villes de demain. » Un exemple ? A la Défense, certaines entreprises dénoncent leurs baux commerciaux au profit du télétravail… Par effet domino, à Courbevoie, des restaurateurs s’inquiètent de la désertion des salariés. « Ces changements, d’une intensité incroyable, sont à nos portes. Et il nous faut bâtir le monde d’après, en tenant compte de ces transformations d’une profondeur inouïe. »

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